Quand Chloé Leenders et Marion Milcent m’ont invité dans leur émission Et si on s’écoutait ? sur Radio Galère, je pensais savoir à peu près de quoi nous allions parler.
J’y étais invité en tant que membre de Marseille HospitalitéS, un collectif auquel Atelier BG consacre une partie de son temps en mécénat de compétences. Le sujet collait plutôt bien à l’émission : Chloé et Marion y reçoivent des acteurs et actrices marseillais·es qui œuvrent, chacun·e à leur manière, pour l’écoute et le bien vivre ensemble.
Marseille HospitalitéS travaille justement sur notre manière d’accueillir celles et ceux qui vivent ou passent par Marseille, avec l’ambition de faire de l’hospitalité un véritable sujet politique à l’échelle de la ville. Il y avait donc largement de quoi remplir une heure.
Sauf que l’émission a commencé par une question à laquelle je m’étais beaucoup moins préparé : qui es-tu, Bruno ?
Euh…

De Marseille HospitalitéS à mon jardin, il n’y a qu’un pas
La question a ouvert quelques portes que je n’avais pas vraiment prévu d’emprunter. Je me suis retrouvé à raconter mon retour à Marseille en 2019 après une quinzaine d’années passées dans d’autres contrées, mon attachement à Saint-Antoine et aux quartiers Nord, la création d’Atelier BG et les 20 % de mon temps que je consacre au mécénat de compétences.
Nous avons parlé de la Coopérative Hôtel du Nord, de Climax, de Social Declik, et même, à un moment, de mon fils, de ma compagne et de mon jardin. Ce dernier point était manifestement indispensable à la compréhension de mon parcours professionnel.
J’en ai aussi profité pour raconter une histoire dont Laure Sari aurait probablement préféré que je fasse enfin le deuil : cette table ronde d’une heure sur la coopération dans le podcast, animée lors de la Claque Podcast Party, dont nous n’avons jamais pu publier l’enregistrement parce qu’un micro était resté éteint. Un an et demi plus tard, la blessure reste vive…
Mais tous ces détours ont aussi permis de revenir sur la manière dont je me suis progressivement engagé dans différents projets marseillais depuis mon retour. Sans grand plan préétabli, d’ailleurs.

La Claque Podcast Party J2 2025 © Marie Lacoste
Tout est parti d’un appartement à Saint-Antoine
Ma rencontre avec la Coopérative Hôtel du Nord en est un bon exemple. Lorsque nous avons rénové notre maison à Saint-Antoine, nous avons aménagé un appartement indépendant au rez-de-chaussée. Plutôt que de le mettre sur Airbnb, nous avons cherché une autre manière d’accueillir des personnes de passage.
Mes parents m’ont alors parlé de voisins, Agnès et Louis, qui proposaient un gîte avec la Coopérative Hôtel du Nord. Je pensais trouver un réseau d’hébergeurs. J’ai découvert une coopérative d’habitants qui travaille depuis les quartiers Nord sur des sujets beaucoup plus larges : hospitalité, patrimoine, balades, archives, recherche, récits du territoire…
J’y suis entré comme hébergeur et, de fil en aiguille, j’ai commencé à participer à d’autres projets. Parmi eux, des balades patrimoniales entre Palanque, où j’habite, et la cité de la Martine. Deux quartiers voisins dont les habitants n’ont pourtant pas tant d’occasions que cela de se rencontrer.
Le principe de ces balades est assez simple : marcher et laisser les habitants raconter. C’est comme cela qu’un dos d’âne peut nous ramener à l’époque où le canal de Marseille traversait encore le quartier à ciel ouvert. Ou qu’une rue du Puits finit par nous faire soulever une plaque sous laquelle se trouve effectivement… un ancien puits. Pas besoin de chercher très loin pour trouver du patrimoine. Il suffit parfois de demander aux personnes qui vivent là depuis quelques décennies.

Un bout de chaîne au musée
Dans l’émission, nous avons aussi parlé d’une histoire qui illustre assez bien cette autre manière d’envisager le patrimoine. Après les effondrements de la rue d’Aubagne, le collectif Noailles Debout a travaillé avec la Coopérative Hôtel du Nord et les institutions marseillaises pour conserver des traces de ce qu’avait vécu le quartier.
Parmi les objets choisis par les habitants figurait une chaîne. Après le drame, certaines rues et certains immeubles évacués avaient été condamnés à l’aide de chaînes qui bougeaient avec le vent. Leur bruit avait fini par faire partie du quotidien et de la mémoire des habitants.
Ce morceau de métal rouillé est ainsi devenu un objet patrimonial. J’aime beaucoup cet exemple parce qu’il montre que le patrimoine d’une ville ne se résume pas à ce qui figure déjà dans les guides touristiques. Il peut aussi se construire à partir des souvenirs, parfois très ordinaires, de ceux qui y vivent.

Et ceux qui ne font que passer ?
Cette question de l’accueil et de la manière dont on regarde un territoire m’a ensuite conduit vers Marseille HospitalitéS. Le collectif s’intéresse notamment à une population que l’on connaît finalement assez mal : les personnes de passage.
Marseille sait plutôt bien compter ses habitants. Elle sait aussi compter ses touristes. Entre les deux, la situation devient rapidement plus floue. Il y a pourtant des étudiants, des travailleurs saisonniers, des routiers, des marins, des personnes venues se faire soigner ou accompagner un proche hospitalisé.
Parmi les découvertes faites au fil de nos travaux, il y en a une que j’aime particulièrement raconter : des dizaines de milliers de Philippins passent chaque année par Marseille, notamment parce qu’ils travaillent comme marins sur les navires qui font escale dans le port. Une présence importante et pourtant largement invisible lorsqu’on parle de celles et ceux que Marseille accueille.
Les personnes qui viennent dans la ville pour des raisons médicales sont un autre exemple. C’est un sujet que je connais aussi très concrètement puisque nous accueillons, via l’Hôtel du Nord, des proches de patients hospitalisés à l’Hôpital Nord. J’ai notamment raconté à Chloé et Marion l’histoire de Pauline, une retraitée corse arrivée à Marseille lorsque son mari a dû être transféré en urgence à l’Hôpital Nord. Elle s’est retrouvée loin de chez elle, dans une ville qu’elle ne connaissait pas, avec un problème supplémentaire à régler : trouver un endroit où rester pendant l’hospitalisation.
Dans ces situations, accueillir peut simplement vouloir dire proposer une chambre à proximité de l’hôpital et s’adapter à la personne que l’on reçoit. Certains ont besoin de parler en rentrant le soir. D’autres veulent surtout qu’on les laisse tranquilles. Il n’existe pas vraiment de mode d’emploi.
Une heure qui est passée un peu vite
Je pensais donc passer l’essentiel de cette émission à présenter Marseille HospitalitéS. Nous en avons beaucoup parlé, mais Chloé et Marion m’ont emmené sur suffisamment de chemins de traverse pour que la conversation raconte finalement aussi une partie de ce qui m’occupe depuis mon retour à Marseille.
En la réécoutant, je retrouve un mot que j’ai utilisé assez spontanément pour parler de mes engagements : « aller vers ».
Il résume peut-être assez bien les choses. Aller vers un voisin, un collectif, une histoire qu’on ne connaît pas, une personne de passage ou un projet auquel on peut donner un coup de main. Ce n’est pas particulièrement spectaculaire, mais cela explique sans doute pourquoi je me retrouve aujourd’hui impliqué dans des sujets qui, vus de loin, peuvent sembler assez différents.
Merci à Chloé et Marion pour leur accueil, leurs questions et cette heure de discussion qui m’a paru beaucoup plus courte qu’elle ne l’était.
Et merci à Sidy d’avoir vérifié que tous les micros étaient bien allumés. Certains comprendront.
Le replay de l’émission Et si on s’écoutait ? est à retrouver ici
