Mais c’est quoi cette histoire de « Marseille HospitalitéS » ? Derrière ce joyeux collectif se cache toute une panoplie d’actions : visites de terrain, études statistiques, intelligence collective, cartographie… Si bien qu’on a parfois du mal à expliquer simplement son concept, tant il est organique et multiforme.
Marseille HospitalitéS, c’est d’abord un collectif hyperactif d’hyper curieux·ses. Depuis 2023, coopératives, associations et citoyens sont réunis sous une même bannière avec toutes et tous une même intuition. Celle qu’on peut penser l’accueil autrement : plus juste, plus ancré, plus sobre. Et qu’une autre politique du passage est non seulement possible, mais urgente. Car à Marseille, si l’hospitalité est souvent brandie comme une évidence, il reste à en faire une réalité partagée.
Notre credo ? Élargir la focale. Ne plus penser l’accueil seulement en termes de tourisme, mais d’hospitalité. Car à côté de ces vacanciers, il y a tous les autres : étudiants, saisonniers, exilé·es, familles en transit… Des personnes de passage qu’on oublie trop souvent, alors qu’elles aussi traversent, habitent, respirent la ville.
Voici le récit d’une histoire en cours, et de liens tissés deux années durant, jusqu’à son climax : le 4 juin 2025 et la Fresque des hospitalités marseillaises.
1. Une légende fondatrice, un enjeux contemporain
Comment penser l’hospitalité à Marseille sans évoquer son mythe fondateur ? Une légende qui commence par un geste hospitalier : une coupe d’eau tendue par la princesse Gyptis à un étranger, Protis. Depuis, la ville n’a cessé d’être un lieu de passages, de brassages et d’arrivées, enivrée de cette légende qui lui colle si bien à la peau. Car à côté des clichés méprisants (dangers, saleté, pagaille), la figure du Marseillais généreux et accueillant apporte un autre éclairage, celui d’une ville de contrastes.
La première découverte du collectif aura été une donnée étonnante : on dénombre autant de touristes que de personnes de passage dans notre ville. Alors qui sont-ils ? Travailleurs (saisonniers, stagiaires, apprentis, détachés, volontaires, télétravailleurs…), patients des hôpitaux et leurs familles, étudiants, marins, gens du voyage, pèlerins, etc.
Pourtant, aujourd’hui, la politique touristique dominante tend à oublier cette richesse pour ne retenir qu’une vision biaisée : celle du touriste à haut pouvoir d’achat. Une vision qui a des conséquences concrètes, et qui présente une certaine idée du monde : Airbnb plutôt qu’auberge de jeunesse. Croisiériste plutôt qu’étudiant·e. Palace plutôt que camping. Panier moyen plutôt que lien social.
Mais l’ère (glacière) Gaudin n’est plus, et la nouvelle majorité semble avoir le profil pour changer de paradigme. Un certain Benoît Payan avait d’ailleurs déclaré en 2023
« Nous voulons un tourisme qui respecte la Ville et ses habitants, marquer une rupture avec la logique du tourisme de masse, le tourisme de consommation qui est un tourisme de prédation. À Marseille, le tourisme doit être plus durable, local et accessible. ».
Alors on l’a pris au pied de la lettre.

2. Premières actions
En février 2024, une première réunion publique est organisée au Musée d’Histoire de Marseille, à la suite de l’appel lancé pour des Assises marseillaises de l’hospitalité. En ouverture, Prosper Wanner de la Coopérative Hôtel du Nord présente les résultats d’une étude des Oiseaux de passage, partagée quelques mois plus tôt, dans le cadre du groupe « tourisme » de l’Assemblée citoyenne du futur. À travers le prisme du projet d’agrandissement de l’aéroport Marseille-Provence, il expose, chiffres à l’appui, les effets concrets du tourisme sur le territoire, et interroge les logiques actuelles de développement.
Ce travail exploratoire va devenir la première pierre d’un édifice plus large et ambitieux. Le collectif comprend :
- d’une part, que son action doit reposer sur la recherche et l’analyse de données, tant la question du tourisme à Marseille regorge d’angles morts à étudier ;
- et d’autre part, qu’il faut aller à la rencontre de celles et ceux qui accueillent sur le territoire, tant la notion d’hospitalité est multifacette.
Bref, ce qui se dessine alors, c’est une volonté partagée de matérialiser ce travail collectif dans un objet commun, vivant, pluriel. On ne sait pas encore à quoi il ressemblera – peut-être une carte, un forum, un outil visuel – mais l’idée est là. Créer un support qui puisse à la fois rassembler, transmettre et porter une parole politique dans la durée.
Puis, en juin 2024, un premier atelier est organisé au Syndicat des initiatives de l’Estaque.

Ce jour-là, le collectif fait l’inventaire des outils du dialogue (cartes sensibles, ateliers de mise en commun, cartes heuristiques, cartographies politiques) et une méthode partagée émerge : observer, écouter, restituer… toujours à partir des lieux et des gens. C’est ici que le collectif commence à se structurer, à reconnaître ses modes de travail, à tracer les contours d’un objet partagé. Et à se donner la confiance d’aller plus loin.
3. Visites croisées : explorer les formes d’hospitalité
Convaincu·es que pour penser l’hospitalité à Marseille, il faut multiplier les regards, croiser les vécus, et sortir des lieux habituels du débat, la suite devient une évidence : lancer une série de visites croisées sur le terrain. Pour aller observer, comprendre, et documenter les formes d’accueil déjà à l’œuvre.
Chaque lieu visité devient une loupe sur un enjeu spécifique, chaque échange nourrit une vision plus large. On ne théorise plus l’hospitalité, on la vit, on l’écoute, on la questionne à hauteur d’humain ou de quartier.
S’en suit une série de visites croisées qui vont nous faire parcourir la ville et ses initiatives :
- En décembre 2024, Marseille HospitalitéS est au programme du hackathon organisé par Social Declik au LICA. Sont réunis jeunes, professionnel·les et associations autour d’une question centrale : comment mieux accueillir les jeunes en mobilité à Marseille ?

- En février 2025, c’est l’auberge de jeunesse de Bois-Luzy qui accueille le collectif pour discuter de l’accès aux vacances pour toutes et tous, dans une ville où le droit au répit est loin d’être équitablement distribué.
- En mars 2025, la visite du CADA Jane Pannier donne à voir les réalités de l’accueil social des personnes exilées, dans un contexte de tension sur le logement et les ressources sociales.
- En avril 2025, deux visites croisées sont organisées : l’une au foyer de l’AAJT à Saint-Charles, pour explorer les conditions de l’accueil des travailleurs précaires ; l’autre au centre de vacances Léo-Lagrange du Frioul, pour interroger le tourisme social et ses marges de manœuvre dans un contexte insulaire.
Ces formats hybrides, à la fois immersifs, pédagogiques et politiques, ont permis de documenter des situations concrètes, d’écouter et impliquer les acteurs de terrain et de nourrir l’imaginaire collectif du projet. Peu à peu, face à la diversité des contextes rencontrés et à la fragmentation des initiatives, s’impose la nécessité d’un geste commun : un outil capable de rassembler les récits, de clarifier les enjeux, et de faire émerger une vision partagée.
Ce sera une fresque collective !

4. La fresque des hospitalités marseillaises : un point d’orgue (et de départ)
Et le grand jour arriva enfin. Le 4 juin 2025, 80 personnes sont réunis à La Fabulerie pour une journée dense, joyeuse et exigeante. Au programme : 3 balades matinales pour découvrir 3 coins de Marseille (Saint-Antoine, Bon Secours et Belsunce) et leurs façons à eux d’être hospitaliers, un repas solidaire cuisiné par l’asso Cultures sans frontière, et enfin les ateliers collectifs.
Au programme : quatre thématiques, quatre tables rondes, et un même objectif : formuler des propositions concrètes à l’horizon 2026.

- Le premier accueil
- L’accueil comme soin
- L’accueil chez l’habitant·e
- L’accueil collectif
Les participant·es ? Des élu·es, des agents de la Ville et de l’Office du tourisme, des collectifs citoyens, des hébergeurs solidaires, des chercheurs, des militant·es…
Cette fresque, c’est l’aboutissement d’un travail collectif exigeant. Mais c’est surtout le début d’une dynamique qui va (on l’espère) infuser les politiques publiques à venir. Cette édition en appelle d’autres, et Atelier BG continuera d’y contribuer en tissant des récits, en documentant les luttes locales, et en gardant un œil aiguisé sur les usages du mot « accueil ».

Cette journée du 4 juin a aussi permis de partager plus largement les récits et les ambitions du collectif dans le podcast Xpérientiel, où Jeanne, Romain et Bruno racontent les coulisses du projet et dans la revue L’Écho touristique, avec un hors-série distribué aux participant·es : récits de terrain, tribunes, analyses.
Et maintenant ?
La fresque de juin est une étape. Le collectif Marseille HospitalitéS prépare déjà la suite : diffusion de la fresque, publication d’un livre blanc, nouvelles rencontres, nouvelles balades, nouvelle énergie. Pour 2026, année électorale, il s’agira de faire entendre cette autre vision de la ville, celle qui dit : chaque personne est un·e invité·e, pas un·e intrus.
Car après tout, comme l’a montré nos recherches :
« Il y a chaque jour autant de personnes de passage que de touristes à Marseille. »
Alors autant bien les accueillir. Tous. Toutes. À égalité.
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Découvrez la fresque en chair et en os, ainsi que récits et ressources sur : marseille-hospitalites.fr
🎧 Et pour aller plus loin, écoutez le podcast Xpérientiel : S06E17 – Hospitalités en mouvement à Marseille
